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L'espèce du mois

Le Pic cendré

Elégant et discret amateur de fourmis, à ne pas confondre avec son collègue vert, c’est le Pic cendré, l’espèce du mois !

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L'espèce du mois

Le Héron cendré

Ardea cinerea

 

 

  © Héron cendré

J. Coatmeur © LPO-IDF

 

Ordre : Ciconiiformes
Famille : Ardeidés
Genre : Ardea
Espèce : Ardea cinerea

Un échassier au bec affuté

Le Héron cendré est un échassier qui mesure environ 90 centimètres. Son bec en forme de poignard témoigne d'un régime principalement piscivore. Ce bec est de couleur jaunâtre à l'âge adulte et sa couleur s'intensifie en période nuptiale.

Son front et le dessus de sa tête sont blancs entourés de deux bandes latérales noires qui se rejoignent en huppe au niveau de sa nuque. Les parties inférieures de son corps sont blanchâtres avec deux lignées de raies noires se dessinant sur son long cou. Les côtés de sa poitrine et de son ventre sont noirs.

© F.Desbordes

Héron cendré © dessin de François Desbordes. Mâle et femelle ont le même plumage

Vu de dessus, son dos, ses scapulaires, ses couvertures secondaires et sa queue sont gris pâle, tandis que ses rémiges et ses couvertures primaires se démarquent d'un gris plus foncé presque noir. On distingue ses poignets de couleur blanche. En vol, le Héron cendré replie son cou qui prend la forme d'un "S" à l'image de l'ensemble des espèces de sa famille, les ardeidés.

© L. Lannou

Héron cendré en vol © L. Lannou / LPO-IDF

Les pieds dans l’eau

Le Héron cendré affectionne les milieux humides.

En chasse, il fréquente des habitats variés en eau courante ou stagnante, salée ou saumâtre, pourvu que la profondeur ne soit pas trop importante; c’est-à-dire, inférieure à 40 cm : marais, étangs, lacs, rivières, zones inondées, fossés, lagunes, polders. En Bretagne, il fréquente aussi les rivages marins. Ses longues pattes lui permettent de marcher dans l'eau peu profonde afin d'y repérer ses proies en transparence à la surface de l'eau. Il est capable de s'immobiliser pendant de longs moments à l'affût de son prochain repas. Lorsqu'une proie se présente, il la capture grâce à son long cou et son bec en forme de harpon en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Les mets qu'il affectionne sont variés : poissons, crustacés, amphibiens... il sait faire preuve d'un certain opportunisme. En dehors de la période de reproduction, il s'observe fréquemment dans les champs cultivés, les friches et les prairies où il se régale de rongeurs.

Lors de la période de reproduction, l’espèce affectionne les lieux à la fois à l’abri des regards et proches d’une source de nourriture. Il fréquente alors les bois de feuillus ou de résineux à proximité de zones humides, comme les saulaies ou les tamarissaies.

© F. Gonod

Héron cendré capturant un jeune Canard colvert © F. Gonod / LPO-IDF

Un reproducteur sociable

Si le Héron cendré chasse seul, il se reproduit plutôt en colonie que l'on appelle des héronnières. Celles-ci sont observées le plus souvent dans les hauteurs des arbres d'un bois ou d'un boqueteau, en lisière de forêt, sur de petits saules au milieu des marais ou plus rarement directement dans les roseaux. Lors de la période de reproduction, le Héron cendré se mélange volontiers aux autres espèces de hérons, aux ibis, aux cormorans ou aux spatules. Les hérons cendrés sont fidèles à leurs lieux de nidification d'année en année pour peu qu'ils ne soient pas dérangés ou les arbres détruits. La taille des colonies varie en fonction des ressources et de la rigueur de l'hiver et peut atteindre plusieurs centaines de nids, même si les couples isolés ne sont pas rares.

Les nids sont bâtis de branches et de branchettes, de racines et de paille, à la cime des arbres, bien avant la pousse des feuilles, en fin d'hiver. Un nid est rénové et réutilisé d'une année sur l'autre et constitue le territoire d'un mâle. Les accouplements sont monogames. Lorsqu'un mâle a choisi son nid, il cherche inlassablement par ses cris et son comportement à y attirer une femelle : tantôt il exhibe ses épaules noires, tantôt il hérisse les plumes de sa poitrine, tantôt il s'accroupit en lançant de longs gargouillements. Quand une femelle s'y intéresse, la parade s'intensifie, le mâle l'accepte sur son nid. L'accouplement a lieu après de multiples mouvements de rapprochement lors desquels les tourtereaux se tâtent du bec et saisissent des matériaux.

© A. Peresse

Couple de Héron cendré © A. Peresse / LPO-IDF

Les oeufs sont pondus entre mars et mai, généralement au nombre de quatre. La couvaison qui dure un peu plus d'un mois est assurée par les deux parents. A l'éclosion, les petits sont nourris avec de la nourriture prédigérée, régurgitée là aussi, par les deux parents. Les jeunes les plus téméraires, âgés d'une cinquantaine de jours quittent le nid progressivement et commencent leur apprentissage de la chasse sur les rivages à proximité du nid. Ils sont complètement indépendants à l'âge de 3 mois.

© D. Morice

Famille de Héron cendré © D. Morice / LPO-IDF

Une migration à la carte

Le Héron cendré est un migrateur partiel : le comportement migrateur varie en fonction du climat hivernal sur les lieux de reproduction. Les populations nicheuses du nord de l'Europe et de l'Europe continentale, descendent vers le sud pour passer l'hiver, tandis que celles de Grande-Bretagne, de France et de Belgique sont plutôt sédentaires ou erratiques. La France accueille des migrateurs et hivernants venus du nord à partir de septembre. Les plus grands voyageurs atteignent l'Afrique tropicale. Pour les populations migratrices, après une période de dispersion des jeunes à la recherche de ressources alimentaires, la migration post-nuptiale commence en août et s'achève en novembre.

© D. Stefanescu

Héron cendré © D. Stefanescu / LPO-IDF

Le Héron cendré dans le monde, en France et en Île-de-France
Dans le monde

Le Héron cendré est présent dans une grande partie de l’Eurasie (de l’Europe occidentale jusqu'au Japon) et de l’Afrique. La population mondiale est estimée entre 500 000 et 2 500 000 individus matures et classée en préoccupation mineure par l'UICN (2020). Les tendances de la population globale ne sont pas nettes car certaines populations augmentent pendant que d'autres diminuent. Ceci étant, en Europe, une augmentation modérée est notée entre 1980 et 2016 d'après le European Bird Council Census (EBCC).

En France

Cette espèce piscivore fut longtemps considérée comme nuisible et accusée de prélever tout le poisson dans les plans d'eau. Elle fut tirée par les chasseurs, piégée par les pisciculteurs et les héronnières furent entièrement détruites. En 1968, l’espèce fut retirée de la liste des nuisibles. La population nicheuse nationale comptait alors environ 3000 couples, dont un tiers au lac de Grand Lieu en Loire-Atlantique. C'est en 1975 que l'espèce fut protégée au niveau national, et les populations n'ont alors pas cessé d'augmenter jusqu’au début des années 2000. En 2007, la population nicheuse était estimée à 31 170 couples. Ces vingt dernières années, cette croissance est ralentie mais la population française se porte bien. Elle est classée en préoccupation mineure sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine actualisée en 2016.

L’expansion de la population nationale de Héron cendré a eu pour effet de réduire la taille des grandes colonies de reproduction localement. En effet, par le passé, le Héron cendré fuyait l’homme pour installer ses héronnières en période de reproduction, quitte à faire de longues distances pour se nourrir ou à supporter une forte compétition avec ses congénères. Ceci avait pour effet de rassembler de très grands effectifs en de rares lieux favorables. La population nationale est aujourd’hui mieux répartie sur l’ensemble du territoire et donc les colonies plus nombreuses et plus petites.

Le nombre d’individus hivernants aurait doublé au cours des années 2000. Il était évalué à 100 000 en 2005.

En Île-de-France

En Île-de-France, à l’image de la situation nationale, le Héron cendré a longtemps été chassé de façon intensive et ses colonies détruites. Il a repris son essor depuis les années 1970 suite à son classement en espèce protégée. Si l'on comptait 300 couples nicheurs en 2000, la population actuelle est estimée à environ 450 couples (sur la période 2009-2014). Aujourd'hui, la population régionale est jugée stable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs d'Île-de-France avec un statut en préoccupation mineure (Agence Régionale de la Biodiversité, 2018).

© Répartition

Carte de nidification du Héron cendré Ardea cinerea en Île-de-France (issue de l’Atlas des oiseaux nicheurs d’Ile-de-France, 2009-2014).
En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables. Les cercles concentriques donnent une idée des effectifs nicheurs par maille du quadrillage : de 1 à 10 couples pour les petits cercles, de 11 à 100 pour les plus grands cercles, des losanges lorsqu’il n’y a pas eu de dénombrement.

L’espèce se reproduit de façon irrégulière dans Paris et en première couronne, notamment au bois de Boulogne et au parc Georges-Valbon en Seine-Saint-Denis. Sur la région, on compte une trentaine de colonies de taille variable, allant de moins de 10 à 70 couples. L'Île-de-France n'abrite que 1 à 2 % de la population nicheuse de France métropolitaine. On remarque une nette augmentation du nombre d'individus hivernants, en raison de l'augmentation récente de la population nicheuse régionale qui est essentiellement sédentaire et peut-être aussi en raison de nos hivers plus doux ces dernières années attirant plus d'hivernants.

© Observations

Observations de Héron cendré sur le territoire d'Île-de-France en hiver (21 décembre au 21 mars) de 2002 à 2020 (Données issues de Faune Île-de-France)

Le saviez-vous ?

Une balise GPS sur un Héron cendré migrateur ! Une première réalisée en 2014-2015 par une équipe de recherche chinoise. Cette étude a montré que celui-ci pouvait migrer de jour comme de nuit. L’individu en question a parcouru 2700 kilomètres en 63 jours au printemps 2015.

Bibliographie

Ouvrages

  • P. Géroudet, 1970. Grands échassiers, gallinacés, râle d'Europe.Delachaux et Niestlé, 429 pages.
  • L. Svensson, K. Mullarney, D. Zetterström (2015). Le guide ornitho. Delachault et Niestlé. 446 pages.
  • Issa N. & Muller Y. (2015). Atlas des oiseaux en France Métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO / SEOF / MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris, 1408 pages.
  • F.MAHLER, 2017. Atlas des oiseaux nicheurs d’île-de-France, corif.
  • Les oiseaux d’Île-de-France - Nidification, Migration, Hivernage, Pierre Le Maréchal. Delachaux et Niestlé, 2013. 511 pages.
  • XUEqin Y.E; ZHENGGANG X.U, YAARA AHARON-ROTMAN, HUI YU and Lei CAO, 2018. First description of the Grey heron Ardea cinerea migration recorded by GPS/GSM transmitter. Ornithol Sci 17: 223 – 228.

Sites internet

Article de Sonia Villalon