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Haut sur pattes, des yeux d’or mais une parfaite tenue de camouflage au sol ; sa rencontre est devenue plutôt rare.

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Le Blongios nain

Ixobrychus minutus

 

 

Avec son nom amusant, le Blongios nain est une espèce fragile et menacée en Île-de-France du fait de la rareté de son habitat de prédilection.

  © Blongios nain

JF. Magne © LPO-IDF

 

Ordre : Pélécaniformes
Famille : Ardéidés
Genre : Ixobrychus
Espèce : Ixobrychus minutus

Un jizz de héron miniature

Avec une taille maximale de 38 cm et une envergure d’à peine 60 cm, le Blongios nain est le plus petit héron d’Europe (à peine plus gros qu’une Gallinule poule-d’eau). Sa silhouette est à la fois proche de celle des autres Ardéidés (tête allongée, bec en forme de poignard) et assez particulière (pattes assez courtes, cou épais et court). Son plumage est marqué par un contraste bien net entre son “dessus” et son “dessous” : calotte, dos, scapulaires, suscaudales et rémiges sont noirs ; le reste de la tête et du corps sont plus clairs (de blanc beigeâtre à ocre) avec des stries plus ou moins marquées sur la poitrine et le ventre. La femelle a un plumage moins contrasté et plus terne : elle est brune là où le mâle est noir, et affiche des liserés bruns et jaunâtres par endroits. Les pattes sont jaunes, le bec également, avec un culmen brun-noir. Le juvénile ressemble à la femelle, mais en plus terne et plus strié.

En vol, le contraste de son plumage est également très marqué : clair pour le dessous, sombre pour le dessus à l’exception d’une grande tache pâle très visible sur chaque aile. Il vole lentement, avec ses pattes tendues vers l’arrière et des battements d’aile puissants et réguliers.

© Pestana

Blongios nain © Ferran Pestana

Le Blongios nain est presque impossible à confondre avec une autre espèce, puisqu’il est beaucoup plus petit que les autres oiseaux de la famille des hérons et son plumage est facilement reconnaissable. Les juvéniles peuvent ressembler au Butor étoilé, mais ils sont beaucoup plus petits. Le Blongios nain est une espèce très discrète, presque toujours cachée dans les roseaux et donc difficile à observer.

© Shah

Blongios nain © Imran Shah

Un pêcheur dans les roselières

Comme la plupart des Ardéidés, le Blongios nain affectionne les roselières inondées, et les bords de lacs, cours d’eau ou marais, qui lui permettent de se nourrir et d’y construire un nid. Très habile pour s’accrocher aux tiges de roseaux et pour évoluer dans l’eau peu profonde, ce carnivore y chasse tout ce qui se trouve à la surface : petits poissons, insectes aquatiques, batraciens, larves, vers d’eau, mollusques, etc. S’il tombe sur un nid d’oiseaux, il n’hésitera pas à en manger les oeufs voire les oisillons.

Ce Blongios ne vient en Europe que pour nicher. Le mâle arrive le premier pour la période de reproduction à partir d’avril-mai. Il trouve et marque son territoire. La femelle le rejoint ensuite pour construire un nid en forme de pyramide inversée, perché entre les roseaux juste au-dessus de l’eau. La femelle pond au mois de mai entre cinq et six oeufs. La période d’incubation est de 20 jours. Une fois sortis, les petits sont autonomes après seulement un mois.

© Magne

Blongios nain © Jean-François Magne

L’hiver au chaud, l’été dans l’eau

Le Blongios nain est un oiseau migrateur. Il passe l’hiver en Afrique subsaharienne, puis vient nicher en Europe, en Asie, en Afrique du Nord ou en Océanie au printemps (avril-mai) et y passe l’été. Sa période de reproduction dure de mai à août, puis il repart prendre ses quartiers d’hiver en Afrique en août-septembre. En Europe, les couples nichent surtout en Europe du centre (Hongrie) et de l’Est (Russie, Turquie, Ukraine, Roumanie), mais sont observés un peu partout à l’exception de la Scandinavie et des Îles Britanniques.

En France, l’espèce n’est pas présente sur tout le territoire, et on peut surtout l’observer dans les zones de marais, roselières, étangs et lacs (Camargue, bassin de la Somme, étangs landais ou lorrains par exemple). L’Inventaire National du Patrimoine Naturel réalisé entre 2013 et 2015 par le Museum National d’Histoire Naturel a pu noter une présence certaine dans une cinquantaine de départements : dans le Nord (Hauts-de-France, Île-de-France), l’Est (Grand- Est, Rhône-Alpes), dans les départements côtiers du Sud (le long de la Méditerrané et de l’Atlantique-sud) et dans quelques départements du centre.

© Peresse

Blongios nain © A. Peresse

Effectifs et tendances en Europe, en France et en île-de-France

La population européenne a subit un fort déclin à partir des années 1970. Ce déclin est imputé à la raréfaction et la dégradation des habitats de nidification. En cause notamment, l’assèchement des zones humides pour l’exploitation agricole et la construction de bâtiments, la pollution des eaux, l’exploitation commerciale du roseau, les installations touristiques et récréatives pour la pêche ou la baignade. La régression des zones humides le long des routes migratoires et dans les quartiers d’hiver en Afrique entraînerait également une diminution des populations. L’espèce est protégée en Europe depuis 1976 par la Directive Oiseaux. Par ailleurs, la convention internationale de RAMSAR de 1972 vise à encourager la conservation et l’utilisation durable des zones humides. Les mesures de conservation de ces habitats spécifiques ces dernières décénnies semblent avoir été bénéfiques pour l’espèce. Aujourd’hui les effectifs de la population européenne sont considérés stables par l’UICN et sont estimés à 166 000 individus matures.

Bien que n’étant pas considéré menacé au niveau européen, le Blongios nain l’est en France où il fait l’objet des mesures conservatoires particulières. S es effectifs ont lourdement chuté entre les années 1970 et 1990 (de 2000 couples en 1968 à 242 en 1997). L’espèce ainsi que ses habitats sont protégés par la loi (Arrêté du 9 juillet 1999 et arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection). Le Blongios nain est classé “En danger” sur la liste rouge des espèces menacées de France métropolitaine (2016).

En île-de-France, son statut de conservation sur la liste rouge régionale est le même qu’en France : en danger (2018). On estime aujourd’hui ses effectifs stables avec 20 couples (2017). Ces dernières années, le Blongios nain a été observé en nidification dans tous les départements de la région exceptés le Val d’Oise et Paris. Il peut nicher dans des roselières aux alentours plutôt urbanisés comme dans les parcs départementaux de Seine-Saint-Denis : le parc Georgesvalbon à la Courneuve ou le parc du Sausset à Aulnay-sous-bois (où un observatoire a d’ailleurs été installé). Il niche régulièrement au parc des Chanteraines à Genevelliers dans les Haut-de-Seine. Il affectionne également les bases de loisirs comme celle de Créteil dans le Val-de-Marne, de Jablines en Seine-et-Marne ou encore de Saint-Quentin-en Yvelines dans les Yvelines. On le retrouve aussi biensur sur les bords d’étangs : à l’étang du coq à Roissy-en-Brie en Seine-et-Marne, au marais de Misery en Essonne, à l’étang de Saint-Hubert ou de Pourras dans les Yvelines.

© Répartition

Carte de nidification du Blongios nain Ixobrychus minutus en Île-de-France (issue de l’Atlas des oiseaux nicheurs d’Ile-de-France, 2009-2014).
En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables et en jaune les nicheurs possibles.

© dessin

Blongios nain © Dessin de L. Schlemmer

Le saviez-vous ?

Chez le Blongios nain, la couvaison des oeufs se fait en relais entre le mâle et la femelle. Au moment du “passage de témoin”, une courte cérémonie a lieu : celui ou celle qui couve reçoit son ou sa partenaire de façon hostile, en relevant la tête, ouvrant large son bec, et redressant sa huppe, puis reçoit une réponse similaire de la part de l’autre, qui prend ensuite sa place.

Bibliographie

Ouvrages

  • Atlas des oiseaux nicheurs d’Île-de-France 2009-2014 . CORIF, 2017. 204 p.
  • Les Oiseaux (le grand guide ornitho) , Lars Svensson, delachaux et niestlé, 2015. 448 p.
  • Les oiseaux d’Île-de-France - Nidification, Migration, Hivernage , Pierre Le Maréchal. Delachaux et Niestlé, 2013. 511 p.

Sites internet

Article rédigé par Alexis Dupuy