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Engoulevent d'Europe

Il ne nous rend visite qu’en été. Cet « avaleur de vent » chasse la nuit, le bec grand ouvert.

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L'Engoulevent d'Europe

Caprimulgus europaeus

 

 

"Le médecin, pourtant, fut surtout troublé par les oiseaux de nuit qui jacassaient au dehors ; une légion apparemment innombrable d'engoulevents qui criaient leur interminable message en répétitions diaboliquement rythmées sur le halètement sifflant du mourant. C'était surnaturel et monstrueux."

L'abomination de Dunwich, H.P. Lovecraft, 1929

  © Engoulevent

S. Gallen © LPO-IDF

 

Ordre : Caprimulgiformes
Famille : Caprimulgidés
Genre : Caprimulgus
Espèce : Caprimulgus europaeus

Martinet géant du crépuscule

Il se reconnaît - à condition de l'apercevoir tapis dans les feuilles mortes dont il prend la couleur – par une queue longue et des ailes pointues aux bords externes très sombres, et une grosse tête surmontée d'un bec minuscule capable de s'ouvrir très largement pour capturer les insectes en vol. Tacheté de gris, roux et noir aux motifs complexes lui assurant un mimétisme parfait lorsqu'il se repose au sol ou sur une branche (dans sa longueur) la journée, il garde mi-clos ses grands yeux profondément noirs. Le mâle porte des taches blanches très visibles en vol aux extrémités des ailes et des rectrices externes, ainsi que sur les côtés de la gorge.

© Desbordes

© Dessin d’Engoulevent d’Europe, François Desbordes

Invisible le jour, on le devine la nuit

Le ronronnement qu'il émet dès la tombée du jour, ressemblant à une sorte de crécelle très roulée, rapide et continu, reste la manifestation la plus sûre de sa présence. Très discret le jour, il se dérobe à la vue, dissimulé au sol dont il ne décollera brusquement qu'à quelques pas du danger pour se poser un peu plus loin. La nuit, il se reconnait par un vol souple et silencieux, alternant des phases battues et planées, les ailes alors étendues et rigides, souvent entrecoupé de cris aigus très sonores. Il apprécie les milieux ouverts en partie broussailleux, les maquis et les garrigues, les landes, les clairières, les forêts peu denses avec une préférence pour les arbres à feuilles persistantes comme les conifères et les chênes verts. Il y chasse en vol, le bec grand ouvert et à l'aide des vibrisses situées de chaque côté, les insectes volants, les hannetons, bousiers, papillons de nuit, ou capture les sauterelles et grillons au sol.

Parade nocturne

L'engoulevent fréquente l'Afrique et ne vient nous rendre visite qu'en été pour la nidification, de avril-mai à fin juillet-août voir septembre pour les plus tardifs. Il entame sa parade nuptiale dès son arrivée, en voltigeant au-dessus de la femelle, plumes des ailes et de la queue toutes déployées, exhibant alors ses éclatantes taches blanches. Pour se montrer plus impressionnant, il relèvera ses ailes et les rabattra brusquement pour produire un claquement sec.

© Laporte

Engoulevent d'Europe © O. Laporte

Une union brève, mais passionnée

C'est souvent sur le même site que reviennent les couples d'engoulevents chaque année. Vers la fin mai, la femelle pond deux petits oeufs blanc-crème marbrés de brun et de gris à même le sol, parmi les aiguilles, les feuilles mortes ou quelques broussailles. Il niche de préférence dans les endroits secs bénéficiant d'un bon ensoleillement. Ensuite, femelle et mâle se relayeront toute la nuit pour la couvée et la chasse. Cependant, seule la femelle couve le jour ; le mâle se charge de prendre le relais à l'aube et au crépuscule. C'est après dix-huit jours d'incubation que les oeufs éclosent et les poussins sont alors nourris essentiellement d'insectes par les deux parents. Une deuxième couvée peut ensuite avoir lieu entre fin juin et début juillet. Cette deuxième ponte est couvée surtout par la femelle pendant que le mâle continue de nourrir seul les poussins de la première. Avant même d'avoir atteint trois semaines, les petits sont aptes à voler pour entamer la longue migration vers l'Afrique.

© dessin

Engoulevent d'Europe © Dessin de L. Schlemmer

Menace

Avec une stratégie de survie basée sur le mimétisme, en se camouflant au sol et en ne s'enfuyant qu'au dernier moment, l'engoulevent est très sensible au dérangement par les promeneurs et les animaux domestiques.

La menace principale reste néanmoins la modification de son habitat par la modification des pratiques sylvicoles et la fermeture des milieux, ainsi que par la diminution importante d'insectes par l'usage excessif des pesticides. Il est aussi souvent victime des collisions avec les véhicules.

En Île-de-France les engoulevents ont souffert de la disparition des landes pour les plantations massives de résineux au XIXe dans les grandes forêts de la région. S’il peut s'accommoder du premier stade de cette gestion sylvicole pour nicher, lorsque le milieu reste encore assez ouvert avec des broussailles et de petits arbustes offrant une protection, les travaux qui suivent sur les jeunes plantations pendant la période de nidification causent des échecs de reproduction.

L'Engoulevent d'Europe dans le monde, en France et en Île-de-France

Malgré les menaces qui pèsent sur l'Engoulevent d'Europe, il reste malgré tout commun et classé en Préoccupation mineure (LC) par l'UICN. Deux sous-espèces sont connues, Caprimulgus europaeus europaeus qui s'étend sur l'ensemble de l'Europe, y compris le sud des pays nordiques. Dans le sud du continent, on trouve plutôt la sous-espèce Caprimulgus europaeus meridionalis qui occupe notamment les îles (dont la Corse) et les péninsules méditerranéennes.

Il niche dans toute la France continentale bien que nettement moins présent dans le tiers nord-ouest et nord-est. Sa population était estimée entre 50 000 et 100 000 couples dans les années 2000, avec un statut similaire à celui de l’Europe : Préoccupation mineure. Les premiers individus sont signalés dès la mi-avril dans le sud puis en mai dans le centre et le nord du pays. En août-septembre il retourne hiverner en Afrique orientale et tropicale.

C'est un nicheur et un migrateur peu commun en Île-de-France, la population nicheuse étant estimée à 300 couples seulement. Après avoir été classé quasi menacé sur la liste rouge des oiseaux nicheurs d’Île-de-France en 2011,son statut a été réévalué en 2018 suite à une augmentation des effectifs régionaux depuis les années 1990. Sa répartition assez limitée est majoritaire à Rambouillet (78) où se trouveraient la moitié des effectifs ; une centaine de couples est présente à Fontainebleau (77 & 91) ; les derniers, à la Boucle des Moissons (78) et la forêt de Notre-Dame (94). Les effectifs plus élevés à Rambouillet pourraient s'expliquer par la tempête de 1999 qui a largement rouvert les milieux boisés, au bénéfice de l'espèce.

© Répartition

Carte de nidification de l’Engoulevent d’Europe Caprimulgus europaeus en Île-de-France (issue de l’Atlas des oiseaux nicheurs d’Ile-de-France, 2009-2014).
En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables et en jaune les nicheurs possibles. Les cercles concentriques donnent une idée des effectifs nicheurs par maille du quadrillage : de 1 à 10 couples pour les petits cercles, de 11 à 100 pour les plus grands cercles, des losanges lorsqu’il n’y a pas eu de dénombrement.

Le saviez-vous ?

Son nom latin Caprimulgus est formé de capra (chèvre) et de mulgeo (traire) et signifie "Téteur de chèvre". Ainsi nommé par les anciens qui altéraient la relation observée entre la présence des oiseaux chassant les insectes et les troupeaux dont ils restaient proches.

Son nom français c'est traduit par engoulevent en raison de l'ouverture béante de son bec. Ce mot est formé de engouler, signifiant avaler dans un dialecte de l'Ouest que l'on retrouve au XVIe siècle, dans le sens de grand buveur qui vole à bec ouvert, en "engoulant" le vent.

Bibliographie

Ouvrages

  • Jean-Claude Chantelat (2002). Les oiseaux de France, 8ème édition. Guide vert SOLAR.
  • Philippe J. Dubois, Pierre Maréchal, George Olioso, Pierre Yésou (2000). Inventaire des oiseaux de France – avifaune de la France métropolitaine. Nathan, Paris, France.
  • Le Maréchal P., Laloi D. et Lesaffre G. (2013). Les oiseaux d’Île-de-France. Nidification, migration, hivernage. CORIF-Delachaux et Niestlé, Paris. 512 p.
  • Issa N. & Muller Y. (2015). Atlas des oiseaux en France Métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO / SEOF / MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris, 1408 p.
  • Jiguet F., Audevard A. (2016). Petit Larousse des oiseaux de France et d'Europe. Larousse, 416p.
  • P. Cabard. et B. Chauvet (2003). L’étymologie des noms d’oiseaux. LPO, Belin. 594 p.
  • Atlas des oiseaux d’Ile-de-France, 2009-2014, CORIF. page 84 Engoulevent d’Europe.

Sites internet

Article rédigé par Dimitri Dagorne