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Le Petit Gravelot

Charadrius dubius

 

 

Emblématique de nos milieux humides, le Petit Gravelot pourrait être menacé par la dégradation de ses sites naturels de nidification.

  © Sylvain Houpert

© Sylvain Houpert / LPO-IDF

 

Ordre : Charadriiformes
Famille : Charadriidés
Genre : Charadrius
Espèce : Charadrius dubius

Tout rond et haut sur pattes

15 cm de long, pesant 30 à 54 grammes : c’est l’un des plus petits oiseaux limicoles nicheurs de France. Son plumage est beige au-dessus, blanc en dessous, avec un masque et un collier noirs chez le mâle en période de reproduction (ces derniers sont plus atténués mais existent quand même chez la femelle ou en dehors des périodes nuptiales). Ses yeux sont entourés d’un joli anneau jaune vif, son bec est court, fin, de couleur sombre. Ses pattes, longues par rapport à son corps et non palmées, sont roses, brun clair ou verdâtres.

Ces couleurs en harmonie avec son environnement préféré le rendent difficile à distinguer, même à découvert, parmi les galets dont la couleur s’accorde parfaitement avec son plumage.

En vol, il déploie des ailes presque uniformément brunes (à la différence des autres Gravelots), ou avec une légère ligne alaire plus pâle. Ses ailes longues et étroites lui permettent certaines acrobaties, notamment lors des parades nuptiales.

Le Petit Gravelot mue deux fois par an, une fois après sa migration prénuptiale quand il est de retour dans nos contrées pour nicher, et une seconde fois sur le site d’hivernage qu’il rejoint après la nidification.

© Desbordes

Petit Gravelot mâle en plumage nuptial © Dessin de François Desbordes.

Le juvénile devra attendre l’âge adulte pour se parer des belles couleurs de ses parents : pour l’instant il est assez terne et peu reconnaissable.

Le poussin possède les mêmes caractéristiques que l’adulte, disons en puissance car il est recouvert non de plumes mais d’un duvet hirsute. Il est totalement craquant – on dirait un shadok...- comme le montre la photo ci-dessous !

© Omarov

© Dauren Omarov / LPO-IDF

© Bouglouan

© Nicole Bouglouan

Ses cousins

Le Petit Gravelot a deux cousins - mais ces deux cousins ne nichent pas et n’hivernent pas en Île-de-France, même s’il peut arriver d’en observer quelques-uns pendant les migrations - avec lesquels on peut le confondre :

Le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), qui lui ressemble, n’a cependant pas de cercle oculaire jaune, son bec est orange avec une pointe noire en période nuptiale et ses pattes sont orange. En vol, on le reconnaît à ses barres alaires blanches. Et, comme son nom l’indique, il est plus grand (18-20 cm) et plus lourd (42-78 g).

Le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) est de taille similaire au Petit Gravelot ; mais il a des pattes sombres et son collier pectoral noir est ...interrompu comme son nom l’indique. Son plumage est plus clair et ses ailes sont pourvues d’une barre blanche. Plus maritime que son cousin (il pond ses oeufs sur les estrans !) il est aussi plus rapide dans ses déplacements à terre.

Pour les différencier, si vous n’êtes pas sûrs, écoutez leur chant : les trois cousins ne crient pas de la même façon.

© Omarov

Grand Gravelot © Sylvain Houpert / LPO-IDF

© Bouglouan

Gravelot à collier interrompu © Sylvain Houpert / LPO-IDF

Individualiste, limicole et carnivore

Le Petit Gravelot est un limicole, c’est à dire un habitant des zones humides (marais, bords de lacs, prairies inondées) cherchant sa nourriture en fouillant la vase. Il n’est pas grégaire : la seule occasion où il se rassemble (et encore, parfois seulement, et à quelques individus) c’est au cours de la migration. Lorsqu’il niche, c’est à quelque distance de ses congénères (rarement plus d’un couple au km2), et il peut âprement défendre son territoire contre des intrus, même de son espèce.

En termes de territoire de nidification, tout lui va pourvu que ce soit humide : bords de rivières paresseuses, marais, grèves, bords vaseux des lacs, gravières, anciennes carrières...opportuniste, il peut nicher dans des lieux très temporaires, comme des chantiers, pourvu qu’il y trouve de petites mares et du gravier. Sa présence sur le littoral atlantique et méditerranéen est discontinue. On ne le trouve ni en forêt, ni dans les prairies ou les zones cultivées par l’homme. Il est rarement observé en montagne.

Il se nourrit de toutes espèces d’insectes, de vers, de mollusques et de petits crustacés qu’il va dénicher dans la vase. Sa méthode de chasse est intéressante à observer : prudent et à l’affût sur ses longues pattes, tout à coup, il s’arrête net pour fouiller la vase, et repart vers d’autres victimes potentielles. S’il trouve un ver, il le coupe en morceaux... et lave ceux-ci dans l’eau du courant avant de les absorber. Les araignées constituent un complément apprécié de son menu, et plus rarement quelques graines.

Voici le Petit Gravelot dans son environnement de prédilection :

© Houpert

Petit Gravelot en plumage nuptial ©Sylvain Houpert

Précoce reproducteur, mais piètre constructeur !

Le Petit Gravelot est capable de nicher dès l’âge d’un an, c’est à dire au retour de sa première migration prénuptiale. Sa première activité est alors de trouver un(e) partenaire et un endroit approprié, toujours près de l’eau. Les couples peuvent se reformer plusieurs années de suite.

La parade nuptiale est bruyante : le mâle démontre d’abord, avec force cris répétés et vols en rase-mottes au-dessus de la berge ou de l’eau, qu’il est capable de défendre son territoire. Il peut arriver qu’un autre mâle se joigne à lui et qu’ils rivalisent d’inventivité en se suivant de près.

Avant l’accouplement, le mâle s’agite, va de droite et de gauche, gonfle ses plumes pour faire comme un bouclier tout blanc de son poitrail (qui double facilement de volume !). Lorsque la femelle est consentante, elle reste le dos tourné...le mâle s’approche d’un pas téméraire, puis s’accomplit la fécondation.

Le nid est des plus frustres et toujours à découvert : un trou d’environ 10 cm de diamètre et 2-3 cm de profondeur, pratiqué dans le sable parmi les galets d’une plage, au bord d’une rivière ou d’un lac, et entouré de quelques galets plus gros. La femelle va pondre en général 4 oeufs tachetés d’un parfait mimétisme avec le paysage, et les disposer en croix, le bout pointu au centre. Gare aux oeufs lorsque des promeneurs longent les rivières ! Ils peuvent facilement être écrasés d’un pas distrait.

Les deux partenaires couvent alternativement, la relève du nid revêt une forme très ritualisée, l’un passant sous la queue relevée de l’autre avant de partir. En cas de danger, le nid peut rester un moment à découvert sans problème... il est tellement bien protégé par son mimétisme !

Voici un intéressant document :

La femelle au nid par Dalmau Jacques sur https://youtu.be/kFWyoZru6T0

Les jeunes éclosent après trois semaines de couvaison. Dès que leur duvet est sec, ils vont s’aventurer hors du nid...leur camouflage leur garantissant un anonymat parfait en cas de danger (ils s’aplatissent alors au sol et bien malin qui pourrait les distinguer !). Ils sont bien protégés par leurs parents qui recourent au simulacre de l’aile cassée pour éloigner les intrus du nid. Ils sont capables de voler au bout de trois semaines. Ils sont élevés au nid jusqu’à leur essor.

Certains couples élèvent ensuite une seconde couvée, ou même, rarement, une troisième. Le taux de réussite des couvées s’étale de 25 à 75%. Hélas, 60% des jeunes meurent avant l’envol. Au fait, quelle est la durée de vie d’un Petit Gravelot ? 5 à 6 ans environ, avec un record de 13 ans pour un Petit Gravelot finlandais [P Géroudet].

Un long voyage...

La migration des Petits Gravelots ayant niché en France s’étend de fin juin à mi-septembre, en commençant par les jeunes de l’année, libres de liens familiaux. La mue commence lors d’une étape, vers la Camargue, et se termine sur le lieu d’hivernage. Si certains individus, peu nombreux, s’arrêtent dans les îles méditerranéennes ou en Afrique du Nord, la plupart traversent le Sahara jusqu’en Afrique sub-saharienne et centrale où ils arrivent vers la fin août. Ils entreprennent leur retour dès février pour arriver en Europe à partir de mi-mars ou avril pour nicher. Les adultes reviennent à l’endroit où ils ont niché l’année précédente, voire au même nid s’il existe encore, les jeunes s’égaillent un peu plus alentour (100 km maximum).

On sort à l’aube et on partage volontiers son nid

Le Petit Gravelot est surtout actif en début et en fin de journée. Il se déplace par à-coups, toujours vigilant, s’arrêtant pour observer, vérifier, écouter...picorer sa nourriture dans la vase ou entre les petits cailloux. Il ne dédaigne pas une petite baignade de temps en temps au bord de l’eau.

Si jamais il doit fuir devant un danger, il le fait à toute vitesse, au sol, « tête engoncée et corps horizontal » [P Géroudet].

Même si le Petit Gravelot est en général agressif vis à vis de ses congénères, on observe parfois un « ménage à trois », chaque oiseau participant à la défense du nid, au nourrissage et à l’élevage de la couvée...

Mondialement répandu...sauf en Amérique

Le Petit Gravelot est une espèce très répandue dans le monde - dans toute l’Europe et toute l’Asie, sauf les zones de haute montagne (Tibet ou Norvège par exemple). L’estimation de la population globale est de 280 000 – 530 000 individus [Wetlands International 2006]. La population européenne est estimée entre 134 000 et 262 000 couples, soit 268 000 – 524 000 adultes [BirdLife International 2015].

L’effectif nicheur européen migre vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. La population asiatique migre vers l’Arabie et l’Afrique de l’Est, mais peut être sédentaire dans certaines parties d’Asie du sud-est (Nouvelle Guinée, Inde, Philippines), attendant pour migrer qu’une inondation de son habitat l’y contraigne.

On peut donc dire que, selon les saisons, le Petit Gravelot est connu partout, sauf en Amérique !

C’est un oiseau protégé par les Conventions de Berne (Annexe 2) et de Bonn (Accord AEWA et Annexe 2). En France et en Europe son statut est « de préoccupation mineure », car son habitat est de plus en plus précarisé par les activités humaines – industrielles ou de loisirs – et la construction des barrages.

En Europe, la population tend à décroître lentement (moins de 25% en 15 ans, ce qui est déjà beaucoup !)

En France

L’espèce est présente dans toutes les régions (88 départements) ; entre 5000 et 7000 couples, soit environ 7% de la population européenne des Petits Gravelots nichent en France (données 2013). C’est dans la Nièvre, le Loiret et l’Allier que les concentrations les plus nombreuses sont observées. La population nicheuse apparait stable entre 1996 et 2011.

En Île-de-France

En Ile-de-France, le Petit Gravelot est classé comme « vulnérable », son statut n’a pas varié entre 2012 et 2018.

La liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d’Île-de-France indique : « Le Petit Gravelot (Charadrius dubius) est classé en catégorie « Vulnérable » du fait de la combinaison de deux facteurs menaçants. Bien qu’assez stable sur le long terme, sa population francilienne, estimée à 150 couples, reste faible. Mais l’inquiétude principale émane du déclin général constaté de la surface et de la qualité de ses habitats de prédilection (gravières, zones sableuses ou friches sèches à proximité de pièces d’eau). »

Ce statut, fondé sur quatre critères de A à D, est dû à la qualité et la taille de son aire de répartition : « zones assez restreintes, et dont les milieux de prédilection sont bien souvent fragmentés ou menacés » (critère B), et à la taille restreinte et plutôt en déclin de la population (critères C et D).

Voici quelques sites franciliens pour observer le Petit Gravelot, entre mars et septembre, principalement dans les vallées de la Seine et de la Marne.

  • En Seine-et-Marne, les Olivettes à Trilbardou ou le Bassin de la Motte à Lieusaint,
  • Dans les Yvelines, les Grésillons à Triel-sur-Seine ou Saint-Martin-la-Garenne,
  • En Essonne, les Trois Mares à Saclay (entre autres).
© Répartition

Carte de nidification de Petit Gravelot Charadrius dubius en Île-de-France (issue de l’Atlas des oiseaux nicheurs d’Ile-de-France, 2009-2014).
En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables et en jaune les nicheurs possibles. Les cercles concentriques indiquent une densité de nicheurs par maille du quadrillage : ici, de 1 à 10 couples

Le saviez-vous ?

Pluvier petit-Gravelot, Petit Pluvier à collier ou en Anglais Litte Ringed Plover : le Petit Gravelot, avec tous ses amis Gravelots, partage la famille des Charadriidés avec les Pluviers. Ce sont des limicoles, petits échassiers nichant en zone humide.

D’ailleurs, Charadriidé vient du grec charadrion : « trou d’eau ». « Pluvier » signifierait à l’origine : oiseau annonçant la pluie...son retour de migration étant concomitant avec l’arrivée des pluies printanières. Et, me direz-vous, pourquoi dubius (doute) ? C’est que le naturaliste italien Scopoli, qui l’a baptisé ainsi, ayant découvert cet oiseau en 1786, n’était pas absolument sûr qu’il était en présence d’une espèce nouvelle !

Le poète Amédée Pommier (1803-1877) citait les Pluviers comme agréablement comestibles dans son essai sur l’Athéisme (1857) : « Toutes les ressources de notre table (...) tant d'exquises volatiles [sic] (...) pigeons, pluviers, sarcelles... » .

Chanteur, vraiment ?

Peut-on qualifier de « chant » le cri du Petit Gravelot ? Son répertoire est constitué de deux syllabes étroitement liées : « piû », la première accentuée, la seconde descendante, éventuellement répétées après un instant. Divers autres cris peuvent être entendus : l’appel de la femelle au nid entrain de couver, le chant nuptial du mâle, les cris en vol... aucun n’est véritablement harmonieux.

Enregistré dans les Yvelines par Bertrand Dallet le 25 mai 2015 : https://www.xeno-canto.org/505742

Cri par Bird Wildlife : https://youtu.be/sdhQp8pxpdE

Bibliographie

Ouvrages

  • Pierre Cabard et Bernard Chauvet : Etymologie des noms d’oiseaux – éd. Belin Eveil Nature
  • Paul Géroudet : Limicoles, gangas et pigeons d’Europe (2008) – éd. Delachaux et Niestlé
  • Killian Mullarney et Dan Zetterström avec des planches de Lars Svensson : Le guide ornithologique des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen Orient – éd. Delachaux et Niestlé
  • Cahiers d’Habitat « Oiseaux » - MEEDDAT- MNHN (Ministère de l’Ecologie – Muséum National d’Histoire Naturelle) – Fiche projet
  • Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d’Île-de-France, 2012 et mise à jour 2018
  • N. Issa, Y. Muller (2015), Atlas des oiseaux de France métropolitaine. Delachaux et Niestlé, 1408 p.
  • Atlas des oiseaux nicheurs d’Île-de-France, 2009-2014. Centre ornithologique d’Île-de-France (CORIF), 203 p.
  • P. Le Maréchal, G. Lesaffre, J. Chevallier (2000), Les oiseaux d'Île-de-France : l'avifaune de Paris et de sa région. Delachaux et Niestlé, 343 p.
  • Le Maréchal P., Laloi D. et Lesaffre G. (2013). Les oiseaux d’Île-de-France. Nidification, migration, hivernage. CORIF-Delachaux et Niestlé, Paris. 512 pages.

Sites internet

Article rédigé par Christiane Deh