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On dirait presque une espèce exotique : le Bouvreuil pivoine fait la une pour l’espèce de ce mois !

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Le Choucas des tours

Coloeus monedula

 

 

« Arné la Sithonienne, pour avoir trahi sa patrie par avidité, est muée en un oiseau aux plumes noires, qui, sous sa nouvelle forme, demeure attiré par l'argent. (Métamorphoses d'Ovide) »

  © choucas des tous

Choucas des tours © T. Riabi / LPO-IDF

 

Ordre : Passériformes
Famille : Corvidés
Genre : Coloeus
Espèce : Coloeus monedula

Etymologie

Serait-ce de ce mythe que vient le nom de monedula, du latin moneta, signifiant "monnaie", pour cet oiseau, qui comme la pie, est attiré par ce qui brille ? Le nom français de "choucas" a aussi une origine complexe à retracer au travers des patois provençaux depuis le XVIe siècle, la prononciation serait d'origine onomatopéique. Quant aux "tours", c'est que le Choucas des tours en a fait, comme nous le verrons, sa demeure.

© choucas des tours

Choucas des tours © D. Stefanescu / LPO-IDF

Le plus petit corvidé de la région

Forme noire, pattes noires, bec fort et noir, c'est en osant s'approcher de l'archétype silhouette de mauvaise augure que le curieux, ou la curieuse, sera saisi par le regard bleu givre de ce petit corvidé qui, vu de près, se distingue bien de ses congénères les corbeaux et les corneilles. Ses yeux, atypiques, sont discrètement gris pâle à la naissance avant de s'exprimer d'un bleu contrasté une fois adulte. Son plumage est plutôt gris sombre avec des plumes gris cendré bien démarquées sur l'arrière et les côtés du cou.

© corneille noire

Corneille noire © F. Gonod / LPO-IDF

C'est un petit corvidé, de 30 à 34 cm, contre 45 à 51 cm pour une corneille. Son allure est plus ronde, avec une grosse tête, un cou moins apparent et un bec plus court. En vol, cet aspect plus compact est particulièrement reconnaissable, ses battements d'ailes sont aussi plus vigoureux que ceux des corneilles.

© choucas des tours

Choucas des tours © P. Richard / LPO-IDF

Un peu (trop) bavard

Son cri est caractéristique, une fois de plus il se distingue des autres corvidés. Il ne croasse pas, mais émet de curieux miaulements, diverses imitations et un cri explosif bien reconnaissable Kiah…Kiah…Kiah…

C'est un oiseau bavard, voir bruyant, émettant constamment des cris de contact pour assurer la cohésion du groupe. Un oiseau à l'image des philosophes selon la chrétienté, soit dans un sens péjoratif, un oiseau bavard aux discours creux et trompeurs, un hérétique, dont les paroles détournent les fidèles de la Révélation.

Tant qu'il y a des cavités, il y a de l'espoir

Ses remarquables capacités d'adaptation lui ont permis de s'étendre sur tous les continents, excepté l'Antarctique et l'Amérique du Sud. S’il ne s'aventure pas dans les très hautes altitudes, on peut tout de même le trouver jusqu’à 2 000 mètres dans les Alpes.

Fréquentant à l'origine les steppes boisées ou les espaces littoraux dégagés, et nichant dans les arbres creux ou les falaises, il s'est accommodé de l'avènement d'une agriculture aux espaces ouverts surdimensionnés. Il a trouvé dans les édifices toujours plus hauts des villes, un lieu de nidification idéal.

Il s'est à présent emparé des cavités de vieux bâtiments, des carrières épuisées, des pylônes électriques, des cheminées de nos maisons, des parcs boisés, des anfractuosités des rochers, des berges de rivière, des hauts clochers, des châteaux anciens et des ruines abandonnées.

Il recherche surtout la disponibilité en cavités pour satisfaire son besoin de nidification cavernicole et les mœurs sociales de l'espèce.

Le traitement des façades a contribué à sa régression à Paris d'où il a fini par disparaître.

Opportun dans tous les domaines

Son opportunisme et ses capacités adaptatives s'étendent aussi à son alimentation. Il est omnivore, comme souvent chez les corvidés, bien que la part d'insectes soit chez lui plus importante. Il se nourrit aussi de fruits, de baies, de glands, de graines ou de tubercules en hiver. Lorsqu'il en a l'opportunité, il chaparde les œufs d'autres espèces, dans les colonies d'oiseaux en bord de mer ou des colombidés en ville, et parfois quelques oisillons.

Il s'associe aux Corbeaux freux (Corvus frugilegus) pour former d'immenses groupes dans les champs en hiver ; lui valant d'être inutilement abattu par milliers et dizaines de milliers chaque année, sous couvert de protection de l'équilibre des exploitations agricoles. L'efficacité de ces mesures n'a jamais été démontrée. Une solution efficace, recréant par là le lien entre l'agriculteur et l'écosystème, développant une reconnaissance et une relation d'égalité vis-à-vis du vivant, serait de laisser les oiseaux se repaitre des insectes juste après le labour, plutôt que de semer immédiatement.

© corbeau freux

Corbeau freux © F. Gonod / LPO-IDF

Social et collaboratif

Grégaires, ils vivent toujours en groupe ou au moins par couple, s'associant facilement à d'autres espèces, comme nous l'avons vu avec le Corbeau freux pour s'alimenter, mais aussi dans des dortoirs comptant parfois plusieurs milliers d'individus en hiver. Ceci, afin de se préserver de prédateurs communs, comme l'Autour des palombes (Accipiter gentilis).

Les individus des contrées trop froides du nord de l'Orient, migreront vers des zones d'hivernage méridionales. Ceux qui se reproduisent en France sont relativement sédentaires et s'éloignent assez peu de leurs sites de reproduction.

Vie de famille et aménagement de cavité

Les couples, unis à la vie, débutent leur reproduction en avril pour les sédentaires, en mai-juin pour les migrateurs. Les deux parents s'installent alors dans une cavité dans laquelle est construite l'assise, constituée de branchettes collées avec de la boue ou de la bouse de vache, puis agrémentée de trouvailles plus originales comme des herbes et d'autres éléments végétaux, des plumes, des poils, du crin ou même des bouts de chiffons.

En moyenne, quatre œufs sont pondus (3 à 8) et incubés 17 à 19 jours. Pendant le mois suivant l'éclosion, les jeunes restent au nid. Lorsqu’ils sont capables de voler ils quittent le nid, mais dépendent encore de leurs parents pour s'alimenter pendant au moins deux semaines.

Le Choucas des tours dans le monde, en France et en Île-de-France
Dans le monde

Le Choucas des tours n'est globalement pas une espèce menacée, c'est même un oiseau commun dans de nombreuses régions. Mais bien qu'il soit encore considéré LC (préoccupation mineure, selon l'UICN), il est récemment noté en déclin dans plusieurs pays européens.

En France

C’est une espèce protégée, non considérée comme "susceptible d'occasionner des dégâts", inscrite à l'annexe II/2 de la directive "oiseaux", et, pourtant, elle fait régulièrement l'objet d'arrêtés préfectoraux autorisant son élimination massive.

Les effectifs nicheurs en France se situent entre 150 000 et 600 000 couples (2009-2012). Si son aire de répartition a tendance à s'étendre vers le sud de la France, les effectifs semblent en déclin à l'échelle nationale. Les données du programme STOC-EPS indiquent un déclin national (-42%, peu significatif) entre 1989 et 2003, une tendance confirmée en 2005 (-54%).

En Île-de-France

Selon les données de Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC), le Choucas des tours semble perdre du terrain en Île-de-France (5 000 à 10 000 couples, 2009-2012). Si les données sont difficiles à interpréter pour cette espèce grégaire, les observations laissent supposer un recul dans les secteurs les plus densément bâtis.

© répartition choucas des tours

Carte de nidification du Choucas des tours (Corvus monedula) en île-de-France (issue de l’Atlas des oiseaux nicheurs d’Ile-de-France, 2009-2014).
En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables, en jaune les nicheurs possibles. Les cercles concentriques donnent une idée des effectifs nicheurs par maille du quadrillage : de 1 à 10 couples pour les petits cercles, de 11 à 100 couples pour les cercles moyens, des losanges quand il n’y a pas eu de dénombrement.

Le saviez-vous ?

Le Choucas des tours s'associe volontiers à des espèces de sa famille, en tirant parti par exemple de l'allure plus imposante du Corbeau freux lors du nourrissage. Il n'hésitera pas à s'associer même à des rapaces comme le Faucon crécerellette (Falco naumanni). Si le nombre de cavités permet d'éviter la compétition interspécifique, alors les deux espèces vont coopérer pour surveiller les prédateurs communs de leurs nichées.

D'où lui viennent ces yeux bleus si clairs, perçants et expressifs ? Le contraste avec leur sombre plumage, visible depuis l'intérieur d'une cavité, signale son occupation aux individus en recherche de cavités libres. Conflits et perte d'énergie inutiles sont ainsi évités.

© choucas des tours

Choucas des tours © JJ. Boujot / LPO-IDF

Bibliographie

Ouvrages

  • A. Hariss, L. Tucker, K. Vinicomre (2014). Le guide expert de l'ornitho, pour éviter les pièges de l'identification, Delachaux et Niestlé, Paris, 395p.
  • Daniela Campobelloa, Maurizio Saràa et James F. Hareb(2012). Under my wing: lesser kestrels and jackdaws derive reciprocal benefits in mixed-species colonies. Behavioral Ecology. 23 (2): 425-433.
  • Gabrielle L. Davidson, Nicola S. Clayton et Alex Thornton (2014). Salient eyes deter conspecific nest intruders in wild jackdaws (Corvus monedula). Biology Letters (10).
  • Jiguet F., Audevard A. (2016). Petit Larousse des oiseaux de France et d'Europe. Larousse, 416p.
  • L. Svensson, K. Mullarney et D. Zetterstrom. Le guide Ornitho. Delachaux et Niestlé
  • Ovide, les Métamorphoses. Livre VII, chant 7.
  • P. Cabard. et B. Chauvet (2003). L’étymologie des noms d’oiseaux. LPO, Belin. 594 p.

Sites internet

Article de Dimitri Svinarenko-Dagorne