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La Caille des blés

Coturnix coturnix

 

 

Allemand : Wachtel

Anglais : Quail

  © caille des blés

© Wouter van der Ham Wikimedia commons CC BY-SA 3.0

 

Ordre : Galliformes
Famille : Phasianidae
Genre : Coturnix
Espèce : Coturnix coturnix

Tout ce qui est petit est mignon !

La Caille des blés est le plus petit des Galliformes… Mais que sont les Galliformes ?

Ce sont des oiseaux terrestres, à pattes et becs courts adaptés principalement pour manger des graines ou picorer des racines de plantes et possédant, pour la plupart, un régime alimentaire spécialisé.

La Caille est très peu visible, se cachant dans les hautes herbes, et peut être confondue avec le Râle des genêts ou la Perdrix grise. D’une longueur de 17 cm, d’une envergure de 32 à 35 cm, et d’un poids de 70 à 135 grammes, son plumage brunâtre possède des stries crème sur les flancs et sur le dos, et une calotte rayée de trois bandes jaunâtres. Le mâle a une gorge noire, alors que celle de la femelle est plus pâle. Son corps rondelet se termine par une queue courte et pointue.

Son vol est bas et rapide. Il décrit souvent un petit arc de cercle, avant qu’elle ne se pose de nouveau au sol.

© Caille des blés

Caille des blés © Dessin de Paul Barruel dans « Les oiseaux nicheurs d’Europe » vol.3

Pour vivre heureux, vivons cachés

« Dans la plaine où mûrissent les blés, j’aime écouter les Cailles par une soirée chaude et calme de juin…mais aucune ne se montre, leurs voix seules révèlent leur présence » (Paul Géroudet)

Et de fait, la Caille des blés est un oiseau discret, qui vit dissimulé dans les champs de blés, les prairies et cultures ouvertes de céréales (blé, avoine, orge, seigle, de luzerne, ou de pois, voire de lin ou de colza) grâce à son plumage cryptique qui lui permet de se camoufler. Elle aime les sols frais, bien drainés, mais pas trop secs, et évite arbres, arbustes ou taillis trop serrés. Elle ne dédaigne pas les déclivités si elles sont modérées : l’environnement qui lui convient le mieux est la steppe ou la prairie de fauche. Elle peut se trouver en moyenne montagne jusqu’à 1000 voire 2000 mètres.

Débusquée ou même seulement alertée par une présence, elle reste immobile le plus longtemps possible, puis file au sol ou part « d’un vol bas, direct et vibrant » comme le décrit Géroudet, jamais à plus d’un mètre de hauteur, pour une courte distance avant de s’abattre à nouveau au sol. Même lui avoue qu’il l’a très peu vue !

De jour, elle quitte rarement l’abri des longues tiges herbacées qu’elle affectionne, où elle trouve le gîte et le couvert, un creux pour somnoler et même la rosée dont elle s’abreuve.

Au printemps, la Caille se nourrit d’Arthropodes, notamment de carabes (petit insecte de l’ordre des Coléoptères), sauterelles, fourmis, ou encore de forficules plus communément appelés perce-oreilles. Ces insectes sont riches en protéines, et vont lui donner la force nécessaire d’élever ses petits ou de migrer. Comme chaque animal, la Caille doit adapter son mode de vie aux saisons. Après le printemps, elle se nourrit donc principalement de graines (graminées, renouées, coquelicots, mourons), celles-ci étant plus nombreuses. Elle consommera aussi de petits cailloux indispensables à la digestion.

En tant que Gallinacé, la Caille est capturée par les Renards roux (Vulpes vulpes), et certains rapaces tels que l’Epervier d’Europe (Accipiter nisus). Cette espèce est également malheureusement chassée par l’Homme.

La Caille peut vivre jusqu’à huit ans.

Vite fait, bien fait !

La maturité sexuelle de cet oiseau est atteinte à un an.

En période de reproduction, c’est la nuit que les mâles s’activent à la recherche d’une partenaire, quittant toute prudence, chantant sans cesse jusqu’à ce qu’une belle réponde : elle a probablement déjà choisi un site de nidification. Le mâle accourt : il parade autour d’elle, gonflant les plumes du cou et de la poitrine, étendant une aile, offrant de petits cadeaux, et s’empresse à la pariade dès que la femelle s’accroupit « en poussant ses doux cris d’invitation » (Géroudet). Les mâles semblent assez jaloux mais ne brillent pas par leur monogamie, les femelles sont plus arrangeantes, allant jusqu’à partager un nid à plusieurs… Le nid, situé dans un champ couvert d’une végétation assez haute, est gratté à même le sol jusqu’à former une petite dépression que la femelle tapisse d’une litière de brindilles et de feuilles de graminées. La ponte comprend en France 4 à 5 œufs assez gros (23-30 mm) relativement à la taille de l’oiseau, joliment mouchetés (et ainsi difficilement décelables dans l’environnement). Pendant la couvaison, si elle veut s’absenter, la femelle, prudente, les recouvre de quelques herbes pour parfaire le camouflage. La couvaison ne dure que deux à trois semaines, et dès leur éclosion la femelle guide ses petits cailleteaux dans les champs, vers les fourmilières par exemple, et les nourrit de larves. Les petits savent voler dès onze jours, et à dix-neuf ils sont prêts à se débrouiller tout seuls. Mais la mortalité après éclosion est de plus de 50% chez les jeunes…

Évidemment, vu le lieu choisi, de nombreux nids et même d’oiseaux sont fauchés au moment des moissons…

© Oeufs Caille des blés

Oeufs de Caille des blés © Photo : Muséum de Toulouse

Vigoureux migrateurs

La Caille niche partout en Europe occidentale, en Sibérie centrale et jusqu’en Inde, et passe la saison froide en Afrique du Nord et sahélienne jusqu’au Sénégal et en Éthiopie, en Iran, en Inde, là où elle retrouve les environnements herbeux qu’elle affectionne. Autant elle est bavarde en période de reproduction, autant elle est souvent silencieuse quand elle migre. Cependant on peut l’entendre chanter au passage prénuptiale, même au-dessus des villes !

Les départs vers l’Afrique s’observent en août – septembre, en commençant par les adultes puis les jeunes de l’année, et les retours de migration à partir de fin avril – mai jusqu’en juillet.

Il existe plusieurs couloirs de migration, sur les bords ouest et est de la Méditerranée, et même des itinéraires médians mettant les îles à profit pour les escales, et plusieurs vagues de migration. On a aussi observé des cas de double nidification, une première en Tunisie, par exemple, et la seconde en Europe, ou encore une fois en plaine et une seconde fois en montagne ; l’explication étant probablement la recherche de lieux exempts de sécheresse.

Malgré sa petite taille, la Caille est capable de prouesses en vol, atteignant une vitesse de 70 à 90 km/h, à une hauteur de 30 à 40 mètres au-dessus du sol. Mais cette faible hauteur de vol ne signifie pas qu’elle rechigne à passer les montagnes : on en a trouvé faisant escale à 2800 mètres… Ces oiseaux migrent en groupes assez fournis, s’abattant en masse sur un village ou une ville pour chercher des abris si d’aventure ils sont surpris par un grain (cf. une « pluie de Cailles » survenant à Berne en octobre 1907).

Chants incessants et variés

Chant : le mâle chante de nuit comme de jour, durant toute la période de reproduction, avec une préférence pour le soir. Le chant du mâle comporte trois syllabes, dont la première est appuyée et allongée : « tuitt – uituitt » parfois transcrit par « Paie tes dettes ! » et qui porte à plus d’un kilomètre. Si l’on est tout près, on peut observer que ce chant est précédé d’une sorte de prélude guttural : « hrouin..hrouin ». Le chant de la femelle est un cri doux sur deux syllabes : « creu-creu » ou « crui-crui » en réponse à l’appel d’un mâle. Il existe aussi un cri d’envol : « prui-pripri » …les écrits regorgent d’autres onomatopée encore ! Le nom « Caille » est probablement lui aussi une onomatopée.

© Caille des blés

Caille des blés © S. Gallen / LPO-IDF

Effectifs, tendances et statut
Monde (IUCN monde)

La Caille se reproduit dans la quasi-totalité de la zone paléarctique au sud du parallèle 65°, à l’exception de la Finlande et, au sud, dépasse rarement l’Équateur.

Elle a un statut de conservation « défavorable » au niveau européen, 20 à 50% de son effectif ayant disparu depuis les années 1970. L’effectif eurasien est estimé entre 700.000 et 2.300.00 individus, donc une variabilité importante.

Il semble que le climat influence fortement la taille de la population de Cailles d’une année sur l’autre, entre trop de sécheresse ou trop d’humidité, mais on dispose de peu de données factuelles sur cette importante fluctuation. Au XXe siècle, la population de Cailles a été soumise à un stress phénoménal dû à la prédation humaine, avide de cette chair délicate : plus de 3 millions de prises en Égypte en 1920 ! Désormais ce sont les moissonneuses-batteuses et les pesticides plutôt que la chasse qui sont responsables de prélèvements importants ; en effet, les élevages de l’espèce japonaise (Coturnix japonica), pour la vente des oiseaux et des œufs (elle est très prolifique) et pour la chasse amateur, ont rendu la chasse des oiseaux sauvages non concurrentielle : en France par exemple, des lâchers cynégétiques de 340.000 Cailles ont été effectuée dans les années 1998-1999. Ces lâchers, même s’ils sont désormais interdits, ont fait supporter à l’espèce un risque important d’hybridation donc de pollution génétique.

En plus des mesures de surveillance des effectifs par les associations ornithologiques, les principales préconisations de protection de l’espèce consistent en une adaptation des pratiques agricoles (préconiser les retards de fauche, bannir les pesticides, maintenir un couvert végétal après la fauche).

© Répartition Caille des blés

Carte de l’IUCN, 2018

En France (IUCN)

L’effectif fluctue entre 50.000 et 200.000 couples d’une année à l’autre, mais semble en légère expansion. Son statut est LC (préoccupation mineure).

En Île-de-France

Elle est peu commune en Île-de-Franc, entre 100 et 400 couples selon les années mais, certaines années, elle est beaucoup plus abondante (on parle alors d’ « années à Cailles » !). Elle a cependant tendance à se raréfier. On la trouve plus fréquemment dans le sud de l’Essonne et de la Seine et Marne, et dans le Vexin. Son statut régional est « Presque menacé ».

© Répartition Caille des blés

Carte de nidification de la Caille des Blés (Coturnix coturnix) en Île-de-France (Atlas des oiseaux nicheurs d'Île-de-France 2009-2014). En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables, en jaune les nicheurs possibles. La taille du point donne l'importance des effectifs.

Le saviez-vous ?

La Caille, semble-t-il, est ventriloque…sans doute parce qu’elle peut moduler l’intensité et la portée de son chant.

Il existe à Paris un quartier dénommé « la Butte aux Cailles », dans le XIIIe arrondissement, qui doit son nom à un couple de Cailles qui nichait sur les terrains cultivés de la Glacière au XIXe siècle.

Elle inspire les poètes : en voici un du poète Jordi Père Cerdà originaire de Cerdagne où l'on trouve de nombreuses Cailles.

Au blé de Saillagouse
Les Cailles font leur nid
A l’aube du printemps
Du ciel elles font la fête
Le blé verdit à peine
Elles chantent qu’il fleurit
L’épi gonfle tout juste
Elles le voient en jaune
Quelle angoisse pour les mères
A voir blondir les blés.

(Adaptation de Cris Cayrol)

©  Caille des blés

Caille des blés © William Vivarelli

Bibliographie

Ouvrages

  • Pierre Le Maréchal, David Laloi, Guilhem Lesaffre (2013) : Les oiseaux d’Île-de-France : nidification, migration, hivernage, éd. Delachaux et Niestlé
  • Atlas des oiseaux nicheurs d'Île-de-France (2017)
  • Pierre Cabard, Bernard Chauvet (2003) : Étymologie des noms d’oiseaux, éd. Belin / Eveil Nature
  • Philippe J Dubois, Pierre Le Maréchal, Georges Olioso, Pierre Yésou (2008) : Nouvel inventaire des oiseaux de France, éd. Delachaux et Niestlé
  • R. Peterson, G. Mountfort, P.A.D. Hollom, P. Géroudet (1989) : Guide des oiseaux d’Europe, éd. Delachaux et Niestlé
  • Paul Géroudet (1994): Grands échassiers, Gallinacés et Râles d’Europe, éd. Delachaux et Niestlé
  • Marc Beaman et Steve Madge (1999) : Guide encyclopédique des oiseaux du Paléarctique Occidental, éd. Nathan
  • Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d’Île-de-France 2018
  • Cahiers d’habitat Natura 2000, vol.1, éd. La Documentation Française 2012
  • Paul Géroudet et Paul Barruel : Les oiseaux nicheurs d’Europe, éd. Silva Zürich
  • Robe Hume, Guilhem Lesaffre, Marc Duquet (2011) : Oiseaux de France et d’Europe, édition Larousse
  • L. Svensson, K. Mullarney, D. Zetterstrom (2020) : Le guide ornitho, nouvelle édition, édition Delachaux et Niestlé

Sites internet

  • Appel : Site communautaire . Wikimedia, 2020 [Consulté le 05/07/2021].
  • Carte de répartition mondiale : Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles. Caille commune . Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles, 2021 [Consulté le 05/07/2021].
  • Daniel Le-Dantec. Caille des blés . Oiseaux.net, 22/01/2005 [Consulté le 07/07/2021].

Crédits photos